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Tour d’horizon avec Frédéric Alphand, directeur adjoint de la DT bassin de la Seine de Voies navigables de France (VNF), du programme des travaux prévus sur la Seine amont et aval. Un investissement total de 350 M€.

Sur la Seine, le trafic fluvial est important et en forte augmentation depuis début 2019. Pour le fret, c’est la moitié du trafic national. Les réserves de capacités sont encore importantes : la Seine n’est pas saturée, à l’exception de la partie entre Bray et Nogent. Le sujet de préoccupation sur la Seine, c’est la fiabilité des ouvrages », explique Frédéric Alphand, directeur adjoint de la DT bassin de la Seine à Voies navigables de France (VNF).

Si la fiabilité n’est pas toujours au rendez-vous pour nombre d’ouvrages, c’est lié à la vétusté, plus particulièrement sur la Seine aval où la quasi-totalité des barrages et écluses datent, au mieux, des années 1950, au pire, des années 1930. En Seine aval, de nombreux ouvrages sont donc très anciens, fragilisés et nécessitent d’importants investissements de régénération, remise à niveau, modernisation. « La situation n’est pas la même en Seine amont où la plupart des ouvrages ont été modernisés, excepté le barrage manuel de Beaulieu qui doit être prochainement reconstruit  », continue Frédéric Alphand.

Au total, sur la Seine amont et aval, uniquement pour la rénovation des ouvrages de navigation et écluses-, le besoin d’investissement s’élève à 350 M€ sur les 10 ans à venir. Ce montant ne tient pas compte des travaux déjà réalisés comme aux barrages de Vives Eaux, Chatou, etc. ni des grands projets de développement (Bray-Nogent, Mageo).

Le tour d’horizon du programme des travaux prévus commence par les barrages de Seine amont. Le barrage de Beaulieu, de type manuel à hausse, est à reconstruire complètement. « Il est important, indique Frédéric Alphand, car il tient le niveau d’eau du canal de Beaulieu et, à terme, le futur canal du projet Bray-Nogent».

Les travaux sur la Seine amont

Les études sont en cours sur la démolition/reconstruction de ce barrage, le lancement de la procédure environnementale est prévu pour 2020, le début des travaux pour 2021 pour une durée de 3 ans. « Il y a des contraintes de saisonnalité pour les travaux qui ne peuvent se faire en hiver, saison au cours de laquelle il est toutefois possible d’avancer le chantier à terre. D’autre part, il faut d’abord construire le nouveau barrage avant de démolir l’ancien. Le nouveau barrage comportera quatre passes. Le montant de l’investissement est de 14 M€ ». Sur la Seine amont, les autres barrages sont plus récents mais VNF prévoit de fiabiliser les barrages de La Cave (Bois-le-Roi), Varennes et Evry, des travaux prévus de moindre ampleur toutefois qu’à Beaulieu. Il s’agit de rénovations des automatismes, des éléments mécaniques ou hydrauliques, etc. Les investissements sont de l’ordre de 2 M€ pour chaque ouvrage.

Sur la Seine amont, « un autre projet important est la rénovation des écluses secondaires des 4 sites de La Cave, Champagne, Vives Eaux, Coudray. L’objectif est de remettre en service la deuxième écluse pour améliorer la fiabilité de l’ensemble du système. En 2018, l’avarie à Vives Eaux a démontré la nécessité d’avoir une deuxième écluse opérationnelle ».

Sur les 4 sites, la priorité est donnée à l’écluse de Coudray où les travaux doivent démarrer au dernier trimestre 2019 ainsi qu’à Vives Eaux en 2020. Les chantiers des deux autres suivront. « Les travaux sur les écluses secondaires visent à fiabiliser l’itinéraire même si elles n’offrent pas la même qualité de service : le mouillage sera inférieur à celui du sas principal mais la longueur quasi iidentique ».

À plus long terme, VNF prévoit des travaux sur le site éclusier de Ablon/Vigneux où un diagnostic a permis de constater des désordres liés à la nature des terrains et un affaissement dans l’écluse, à traiter dans les 10 à 15 ans. C’est donc un investissement qui n’est pas prévu dans l’enveloppe des 350 M€.

Pour la Seine amont, il ne faut pas oublier la réalisation de passes à poissons, conformément aux dispositions environnementales françaises et européennes, qui visent à rétablir la continuité piscicole sur les voies d’eau. La Seine fait partie de la catégorie de voie d’eau où les mesures sont les plus contraignantes. C’est à Evry et Marolles que sont prévus la mise en place de passes à poissons, respectivement en 2021 et 2022. Et la Seine amont, c’est aussi le projet Bray-Nogent.

« En Seine aval, il y a plusieurs projets majeurs de fiabilisation/modernisation à conduire de front car il y a urgence sur certains ouvrages », souligne Frédéric Alphand.

Les travaux sur la Seine aval

La première urgence, c’est Méricourt où l’investissement nécessaire atteint 100 M€. Le marché est en cours de notification à un groupement chargé d’une mission de conception/réalisation, VNF étant maître d’ouvrage. Les études vont commencer au deuxième semestre 2019, les travaux sont prévus à partir de fin 2020 pour une durée de 4 ans. « Tout se fera en maintenant la navigation pendant toute la durée des travaux. C’est une grosse contrainte et un défi technique ». Il y a deux écluses à Méricourt : l’idée est de commencer par la plus petite, la réparer, l’allonger de 160 m à 180 m, la remettre en service et lancer les travaux sur la grande. « Il y aura ainsi toujours une écluse de 180 m en service à Méricourt.  Avant de commencer les travaux sur la petite écluse, il est prévu de réparer la porte levante - et non pas busquée - de la grande écluse pour augmenter sa fiabilité car tous les bateaux vont l’emprunter pendant les travaux sur l’autre ».

Des interventions très techniques mais urgentes sont nécessaires sur les deux barrages de Poses-Amfreville (37 M€) et Port-Mort (14 M€), où les derniers travaux datent des années 1960. « Les problèmes y sont structurels, c’est-à-dire au niveau même des fondations, le diagnostic a montré qu’il faut très vite stabiliser la situation puis reprendre en sous-œuvre les fondations ». De premiers travaux ont commencé à l’été 2019 à Port-Mort et débuteront à Poses-Amfreville en 2020 qui est le dernier ouvrage avant la mer et soumis à des effets de marée. Puis la rénovation complète de ces deux barrages suivra, sans démolition.

À moyen terme, dans les 10 ans, la rénovation des deux barrages de Suresnes doit être engagée, car ils sont stratégiques pour le maintien du niveau d’eau dans Paris. « Ils fonctionnent bien grâce à la maintenance quotidienne que nous réalisons. Le génie civil est bon mais il y a des pièces mécaniques, électriques et des vannes à changer. Il faut aussi les automatiser ». Le barrage d’Andrésy est sur la liste des rénovations pour une remise à niveau de l’installation et des travaux de génie civil (5 M€). A Bougival, l’une des deux écluses est fermée. L’objectif est de rénover les deux écluses, à partir de 2021-2022.

En Seine aval, il y a la digue de Croissy située à l’extrémité de l’île des impressionnistes et qui sépare les deux bras de la Seine à Bougival dans l’ouest parisien. « Elle a beaucoup souffert lors de la crue de la Seine en 2016, des effondrements ont nécessité des réparations en urgence. Elle est étroitement surveillée. Il faut intervenir plus durablement car elle maintient un différentiel de niveau d’eau de 3 mètres entre les deux bras. Si elle rompait, le bief le plus haut se viderait dans l’autre et la navigation ne serait plus possible, avec des conséquences possibles sur le barrage de Suresnes qui supporterait un différentiel de niveau d’eau plus important ». Le coût des travaux de renforcement de la digue de Croissy est estimé à 10 M€.

Sur l’ensemble de la Seine

À ce panorama détaillé pour la Seine amont et aval, il faut ajouter des investissements permettant de moderniser les méthodes d’exploitation qui concernent l’ensemble de l’itinéraire de ce fleuve mais aussi toutes les autres voies d’eau gérées par VNF.

Il s’agit de développer la téléconduite des ouvrages, c’est-à-dire de l’exploitation à partir de postes centralisés des barrages et écluses, comme celui Mouy-sur-Seine en service depuis 2017.

Il s’agit aussi d’améliorer les services aux usagers. Ce sont des postes de stationnement de bateaux pour lesquels un programme pluriannuel de réalisation a été établi en lien avec les professionnels du transport fluvial. Ce sont des bornes pour l’eau et l’électricité pour les bateaux de transport de fret : 13 au total pour le moment sur la Seine. C’est le déploiement des services d’information fluviale (SIF). Une première version du SIF Seine a été lancée à l’été 2019 par VNF et Haropa qui permet de visualiser les conditions de navigation et l’état du réseau du bassin de la Seine sur un portail unique. Destiné aux navigants, cet outil d’aide à la navigation permet d’améliorer la fiabilité et la performance économique et écologique du transport fluvial. Evolutive, la première version sera améliorée et enrichie de nouvelles fonctionnalités (trafic aux écluses, suivi des voyages…) dans les mois à venir et bientôt accessible sur smartphone.

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