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2000 salariés au total sont concernés par la fusion des 3 ports de l’axe Seine, Paris, Rouen, Le Havre. Tour d’horizon des réactions, craintes et revendications du côté des syndicats des trois ports par rapport à cette fusion annoncée le 15 novembre 2018 par le Premier ministre et qui doit devenir réalité le 1er janvier 2021.

Les échanges avec des représentants syndicaux des trois ports de l’axe Seine, Paris, Rouen, Le Havre, montrent une unanimité sur l’absence d’informations supplémentaires concernant la fusion depuis l’annonce faite par le Premier ministre Edouard Philippe dans son discours lors du Cimer à Dunkerque le 15 novembre 2018.

« La direction ne peut à ce jour que paraphraser le discours du Premier ministre », précise Karim Lalmas, délégué syndical Force ouvrière (FO) au Ports de Paris. « La direction n’est pas en mesure de nous apporter davantage d’informations sur la fusion, comment les choses vont se passer. En plus, les trois directeurs des trois ports sont sur le départ, celui de Rouen pourrait partir en février 2019 et celui du Havre en mars », indique Franck Perouelle, délégué syndical CFDT à Rouen. « Nous n’avons jamais été favorable à une fusion, nous l’avons exposé auprès du préfet Philizot, devant le Ceser de Normandie. La fusion est décidée malgré tout, dont acte. Le minimum est désormais de l’organiser de façon concertée pour les salariés en place aujourd’hui et, pourquoi pas, pour les futurs entrants, dans ce futur établissement à caractère spécial, annoncé par le Premier ministre », explique Philippe Blanchet, représentant de la section syndicale CFDT du GPMH.

Aussi, tous attendent la nomination du préfigurateur pour lequel plusieurs noms circulent et qui laissent les représentants syndicaux dubitatifs. « Il y a, semble-t-il un combat pour être préfigurateur. L’ambition personnelle est nuisible à l’ambition collective alors que tant de salariés sont concernés par la fusion, souligne Karim Lalmas. A Paris, nous souhaitons avoir un préfigurateur nouveau avec un profil différent et une approche nouvelle et novatrice. Un préfigurateur totalement neutre, quelqu’un de neuf, un préfigurateur entrepreneur pour des ports entrepreneurs ».

Tous ont aussi bien en tête le calendrier annoncé : 1 préfigurateur dans les 3 mois, un travail pendant un an au cours de 2019, puis encore un an de travail en 2020 et « on appuie sur le bouton » le 1er janvier 2021. « On a cette date mais comment fonctionne t-on pendant les 2 ans à venir, interroge Karim Lalmas, délégué syndical CFDT aux Ports de Paris. Il y a des négociations à tenir, par exemple, les NAO. Est ce que tout va être suspendu pour avancer sur la fusion ? Il y a des directeurs généraux pour chacun des 3 ports mais auront-ils une marge de manœuvre ? Nous sommes inquiets non seulement en raison de la fusion et l’organisation qui sera mise en place mais aussi pour la période intermédiaire ». Celle-ci risque de mettre à mal l’activité des 3 ports de l’axe Seine, de ralentir des décisions, des projets essentiels à la poursuite de leur développement.

L’analyse sur le GIE Haropa, créée en 2012, apparaît aussi largement partagée. « La mise en œuvre du GIE a apporté davantage d’anxiété et de complexité que de bénéfice pour l’organisation du travail », pour Philippe Gaillard. « Le mode de fonctionnement d’Haropa n’a jamais marché, pour Franck Perouelle. Rouen n’a pas profité de la mise en place du GIE ».

Tous rappellent que la réforme portuaire de 2008 et la mise en place du GIE Haropa en 2012 ont été réalisées sans « casse sociale ». Pour Franck Perouelle : « Jusqu’à présent, les réformes ont préservé les personnels à l’intérieur des différents établissements, même si certains ont dû accepter de changer de métier pour conserver leur emploi ». Pour Karim Lalmas : « Lors de la création du GIE, il y a eu une mise à disposition des salariés avec un avenant à leur contrat de travail où nous avons obtenu une clause de limitation de la mobilité géographique au seul volontariat du salarié pas à la demande de la direction de l’un des établissement ni du GIE ».

Toute la question est là : la fusion des trois ports de l’axe Seine se fera t-elle sans « casse sociale », sans licenciements, sans départs volontaires ou plus ou moins contraints, sans complexifier l’organisation, sans nivellement par le bas des conditions de travail, des rémunérations, des avantages sociaux acquis ? Les interrogations des salariés retransmises par les représentants syndicaux montrent que les inquiétudes sont fortes sur ces sujets avec des spécificités en fonction des particularités des trois places portuaires.

Paris, port autonome et fluvial

A Paris, les 3 délégués syndicaux, Philippe Gaillard (CFDT), Karim Lalmas (FO) et Hugues de Kergorlay (CGC, empêché lors de l’interview), ont une démarche commune face au projet de fusion des 3 ports de l’axe Seine.

« A Paris, il y a 200 salariés, nous sommes le plus petit des trois ports de l’axe Seine », précise Philippe Gaillard, délégué syndical CFDT. « Actuellement, nous n’avons que le discours du Premier ministre qui est flou concernant l’avenir social et la stratégie visée par la fusion des trois ports », explique Karim Lalmas, délégué syndical FO.

Dans le mariage prévu à 3, Paris présente la spécificité d’être un port fluvial, un port autonome, par rapport à deux grands ports maritimes issus de la réforme de 2008. C’est un établissement avec des métiers, des missions spécifiques.

 « Notre flux majeur, c’est le fluvial avec beaucoup de marchandises vrac. Nous sommes territorialisé, majoritairement en Ile-de-France. Nous ne comprenons donc pas la volonté de rapprochement de ce point de vue-là, poursuit Karim Lalmas. Et si on essaie de comprendre, nous estimons que Paris dispose de ressources financières saines, grâce notamment aux bonnes recettes foncières. De leur côté, les 2 GPM ont d’importants besoins financiers pour réaliser des investissements. Sur ce plan, le bénéfice est nul pour Paris sauf à perdre notre identité de port autonome et fluvial ».

Ports de Paris ne relève pas de la CCNU ni d’aucune convention collective de branche mais dispose depuis plus de 15 ans d’un accord spécifique, dit d’entreprise, dont la dernière mise à jour date de 2012, sans lien avec la création du GIE la même année. « L’accord a permis la modernisation de l’établissement, de changer la culture de l’entreprise. Il répond aujourd’hui aux nouvelles règles du droit du travail prévues dans les ordonnances Macron. Avec cet accord, notre situation est totalement différente de celles des deux autres ports. La fusion peut remettre en cause nos acquis sociaux, comportant des avantages pour les salariés de Ports de Paris. Nous avons très peur de perdre ces avantages », précise Philippe Gaillard. « Depuis 6 ans, nous fonctionnons avec un tel accord, notre chiffre d’affaires est en croissance, nos finances sont saines, nos activités progressent et évoluent. Les acquis sociaux peuvent être complètement rebattus avec la fusion. Il peut y avoir un nivellement par le bas », estime Karim Lalmas.

Une autre conséquence de la fusion concerne les emplois. Pour les 3 représentants syndicaux de Ports de Paris, la fusion signifie optimisation des emplois et réduction des effectifs là où il y des postes en doublon ou triplon. Il y a une réelle crainte notamment au niveau des activités administratives : départements juridique, informatique, administratif, financier, etc. « Les salariés sont très attachés à l’établissements Ports de Paris, l’ancienneté est élevée, la pyramide des âges inégale avec un tiers des effectifs de plus de 50 ans », détaille Philippe Gaillard. Si ces salariés se retrouvent sans emploi, quelle est leur employabilité en dehors de l’établissement ?

« On entend la promesse qu’il n’y aura pas de licenciement. Nous avons du mal à y croire. Une option, c’est la mobilité géographique avec la relocalisation de tel service dans l’une ou l’autre des 3 zones géographiques. Si vous refusez la mobilité, à la fin, c’est tout de même le licenciement économique », rappelle Karim Lalmas.

Pour les représentants du personnel, actuellement, ce qui est difficile, c’est le manque de connaissance sur l’organisation future, comment va s’effectuer le passage d’une organisation à l’autre.  Pour Philippe Gaillard : « Nous ne pouvons pas réconforter les salariés car nous n’avons pas de réponse sur ce qui est prévu. On a juste une annonce floue et une date ».

La revendication principale, pour la CFDT : « Nous voulons être écouté, entendu, participé à l’établissement de l’organisation future ». Pour FO : « Nous voulons que nos revendications soient entendues. Nous avons rencontré le préfet Philizot et rien n’a été retenu de ce que nous lui avons dit. Selon le Premier ministre, il va y avoir un établissement public à caractère spécial qui sera nouveau et des implantations géographiques. Ce point-là, c’est un message aux régions. Nous, ce passage du discours du Premier ministre ne nous rassure pas car les termes implantation ou entité n’ont pas de sens juridiquement. Le seul terme qui a du sens, c’est établissement car lui seul garantit un CSE ; oui ! Pourquoi pas 3 établissements distincts et 3 CSE ».

Rouen, la crainte de ne plus exister

« A Rouen, il y a 470 salariés, en comptant les marins qui sont entre 110 et 120 », indique Franck Perouelle, délégué syndical CFDT. Suite à l’annonce de la fusion des trois ports, les craintes exprimées par les salariés à Rouen portent sur un éventuel changement de lieu de travail dans le cadre de proposition de mobilité géographique, la crainte des postes en doublon entraînant des suppressions de poste et donc des pertes d’emploi.

« Une autre crainte est financière, explique Franck Perouelle. Nous versons des dividendes à l’Etat. A Rouen, nous sommes bénéficiaire, Paris aussi grâce au foncier. Le Havre est déficitaire mais il a un plan d’investissements conséquents. Va t-il bénéficier de toute la trésorerie et les deux autres seront-ils abandonnés ? ». L’enjeu de la fusion est aussi économique.

Franck Perouelle reconnaît l’existence de tensions entre les trois ports et leurs personnels respectifs. « Pour certains au Havre, Rouen est un port fluvial. Nous savons que Le Havre, c’est le plus gros des trois ports. Quelle sera l’implantation géographique de l’établissement unique ? Si c’est Le Havre, Rouen n’existera plus. Tout le monde monte en pression. C’est aussi une conséquence de l’absence de précision et du flou du discours du Premier ministre ».

Le Havre, négocier un accord-cadre pour les salariés


Le port du Havre, c’est 1200 salariés, 200 à 300 métiers différents, selon les classifications.

« Le problème de la fusion, c’est l’emploi, déclare Philippe Blanchet, représentant de la section syndicale CFDT du GPMH. Dans ce genre de démarche, la finalité, c’est toujours la réduction de la masse salariale. Même si cela se fait sur un temps plus ou moins long, la réduction des emplois est toujours là à l’œuvre ».

Aussi, dans un tel contexte, Philippe Blanchet explique : « Notre demande : puisque la fusion est décidée, puisqu’une concertation est prévue, avant la mise en œuvre déjà décidée, le minimum est d’organiser de façon concertée les choses pour les salariés en poste aujourd’hui, et, pourquoi pas, pour les futurs entrants dans ce futur établissement à caractère spécial qui a été annoncé ».

Il souhaite contractualiser le plus que possible tous les aspects de la fusion concernant les salariés. « Nous demandons l’ouverture au plus tôt d’une négociation associant les organisations syndicales représentatives des trois établissements dans le but de formaliser un accord-cadre organisant la fusion pour tous les salariés dans le sens de la préservation de leurs intérêts et de l’emploi de façon plus générale ».

La fusion amène très vite la question de la mobilité géographique. Il va aussi se poser la question de l’harmonisation salariale : « Au Havre et à Rouen, nous avons la même convention collective mais nous avons chacun des accords locaux qui conduisent à des différences entre les deux établissements concernant les rémunérations. La concertation est nécessaires entre les employeurs et les organisations syndicales pour prévoir toutes les conséquences sociales de la fusion ». Avec, dans l’idéal, à la fin de la phase de concertation, un accord signé et appliqué. « Telle est notre demande de base à ce jour par rapport à la fusion, que le volet social soit bien pris en compte, qu’il ne soit pas la troisième roue de l’ensemble derrière les enjeux économiques et environnementaux ».

A Rouen, début décembre, la situation a été compliquée avec un conseil de surveillance envahi par des salariés à l’appel du syndicat CGT. Les décisions à l’ordre du jour portant notamment sur le budget 2019 n’ont pas pu être votées. La prochaine réunion pourrait être délocalisée à Paris. Au Havre aussi, le conseil de surveillance a été envahi et pour le prochain, la même solution est envisagée.

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