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Jérôme Dezobry, président du directoire, et Pierre-Yves Biet, directeur partenariats territoires Europe, détaillent le rôle et les axes de travail de la société du canal Seine-Nord Europe, en lien largement avec les territoires.

Depuis un peu plus d’un an, la société de projet du canal Seine-Nord Europe, installée à Compiègne le 2 juillet 2018, monte en puissance, explique Jérôme Dezobry, président du directoire. Les instances de gouvernance -conseil de surveillance et directoire-sont au complet. Nous avons pu recruter une vingtaine de personnes depuis mi-2018. Nous serons une quarantaine fin 2019, entre 75 et 100 d’ici 2 à 3 ans. Nous avançons sur de nombreux sujets qui relèvent de notre mission de maître d’ouvrage : études, concertations, dossier d’autorisations, préparation des marchés, maîtrises d’œuvre, acquisitions foncières, préparation du territoire, relation avec les entreprises et les collectivités, financement du projet ».

La société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE), dont le conseil de surveillance est présidé par Xavier Bertrand, est, pour le moment, un établissement public à caractère industriel et commercial de l’État, créée spécifiquement par une ordonnance d’avril 2016 pour prendre en charge la construction de l’ouvrage. Sa transformation en établissement public local est prévue par le projet de loi d’orientation des mobilités.

Le chantier du canal est divisé en 4 secteurs : le numéro 1 va de Compiègne à Passel, le n° 2 de Passel à Allaines, le n° 3 d’Allaines à Etricourt-Manancourt, le n° 4 d’Etricourt-Manancourt à Aubencheul-au-Bac. Comme pour tout grand projet, les différentes étapes -études diverses, enquêtes, aménagement foncier, archéologie préventive, travaux environnementaux, d’infrastructures, connexes- doivent être accomplies au fur et à mesure.

Pour le secteur 1 de Compiègne à Passel, l’étape dernièrement franchie est le dépôt du dossier de demande d’autorisation environnementale en avril 2019 qui ouvre une période d’instruction de 16 mois, doit mener à une enquête publique entre le printemps et la fin d’été 2020 et ouvre la voie à des travaux fin 2020. La maîtrise d’œuvre pour le secteur 1 a continué son travail. Des levées topographiques ont été réalisées jusqu’en mai 2019, des démarches d’acquisitions foncières sont en cours et vont durer jusque mi-2020, des fouilles préventives sont programmées en 2020. Dans certaines communes, sur l’emprise du canal, des travaux de défrichement/déboisement ou la déconstruction de bâtiments vont être réalisés d’ici fin 2019. Toujours sur le secteur 1, le canal se concrétise avec de premiers travaux d’aménagements environnementaux réalisés dès la fin 2017 à Bienville avec la plantation de 3 800 arbres sur 6 ha. Les travaux du canal lui-même devraient être lancés en 2020 sur le secteur 1. De novembre 2018 au printemps 2019, d’autres aménagements environnementaux ont été effectués à Ribécourt dans le cadre d’un partenariat avec le lycée horticole.

Au total, il y a 700 ha de mesures compensatoires à réaliser pour lesquelles la SCSNE travaille avec les territoires et une convention a été signée avec les collectivités. D’un point de vue environnemental, la réalisation du projet s’inscrit dans une démarche d’écoconception pour limiter les impacts sur l’environnement. Le projet comprend des aménagements écologiques spécifiques : 25 km de berges lagunées et 17 ha d’annexes hydrauliques pour favoriser le développement de différentes espèces animales et végétales (« canal vivant »). Une intégration paysagère optimale du canal est prévue tout comme la limitation de son empreinte énergétique.

Pour les secteurs 2 à 4, le conseil de surveillance lors de sa réunion le 17 juin 2019 a autorisé le directoire à finaliser l’attribution des marchés de maîtrise d’œuvre « TOARC pour terrassements, ouvrages d’art et rétablissement des circulations ». Le nom des groupements d’entreprises attributaires doit être annoncé à l’automne 2019. Un autre marché de maîtrise d’œuvre en cours de consultation porte sur « les écluses et systèmes ».

Des La démarche « Grand Chantier »

« L’un de nos axes de travail est de préparer le projet avec les territoires, les collectivités, les entreprises. Pour cela, il y a la démarche Grand Chantier. Le maître mot est l’anticipation en termes d’emploi, de formation, d’insertion, de développement économique. Cela fonctionne à double-sens : définir d’un côté ce que peuvent offrir les territoires, de l’autre les besoins du chantier. Il s’agit de faire de Seine-Nord Europe une opportunité de développement des territoires », précise Pierre-Yves Biet, directeur partenariat territoires Europe de la SCSNE.

La démarche « Grand Chantier » a été décidée par le gouvernement en juin 2015 et sa coordination est confiée au préfet coordonnateur qui pilote trois comités territoriaux mis en place : Artois-Cambrésis, Santerre- Haute-Somme, Noyonnais-Compiégnois. Par cette démarche, il s’agit de permettre que les territoires s’organisent pour répondre à la demande du chantier et bénéficient d’opportunité de développement économique. L’importance de la demande du chantier nécessite aussi que les territoires traversés se préparent. La démarche doit permettre de saisir non seulement les opportunités pour développer l’emploi local lors du chantier mais aussi de développer la création d’emplois pérennes autour du canal après le chantier. Dans le cadre la démarche « Grand Chantier », le rôle de la SCSNE est de définir les demandes et besoins liés au chantier, d’en informer les acteurs du territoire pour que ceux-ci puissent structurer une offre pertinente.

La démarche « Grand Chantier » s’organise en 5 grands dispositifs : emploi (« canal emploi »), formation (« canal formation »), insertion (« canal solidaire  », accompagnement des entreprises (« canal entreprises »), accueil et organisation du chantier (« canal accueil » qui concerne les aspects transport, hébergement, information, etc.) Pour chacun des 5 grands thèmes, la SCSNE entend signer des conventions avec ses partenaires, comme pour celle pour « canal solidaire  » en février 2019 avec les départements. Tous les dispositifs sont désormais opérationnels et les plans d’actions se mettent en œuvre. « Favoriser l’appropriation tout le long des 107 km du canal pour dynamiser les territoires, tout l’enjeu du projet est là, souligne Jérôme Dezobry. Seine-Nord Europe, ce n’est pas seulement une infrastructure mais un projet d’aménagement des territoires et un levier de développement économique ».

Des aménagements au bord du canal

Travailler et préparer le projet avec les territoires, cela signifie aussi pour la SCSNE d’échanger sur les futures plates-formes multimodales avec les collectivités auxquelles il appartient de décider et financer ces structures. Il s’agit de prévoir les aménagements nécessaires au bord du canal pour le tourisme ou le fret (quais, etc.). Par exemple, dans l’Oise, un grand industriel envisage de se tourner vers le transport fluvial, avec peut-être le besoin d’un quai. « C’est l’un des sujets sur lequel nous travaillons à la SCSNE, l’objectif est de développer les trafics futurs, de favoriser des opportunités de diversification logistique grâce au canal ».

La SCSNE n’oublie pas non plus, en matière d’organisation du chantier, l’importance de privilégier des solutions fluviales pour l’évacuation des déblais puis l’approvisionnement en matériaux. La présence des canaux latéral à l’Oise et du Nord constitue une opportunité même si leur devenir à l’issue du chantier demeure floue. « Notre moyen d’action est l’insertion de clauses dans les marchés ».

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