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Des charpentes en bois ont été embarquées sur la Seine entre la Normandie et deux chantiers franciliens. Prélude à la mise en place d’une filière logistique fluviale pour le bois de construction ?

Déblais de chantiers, granulats et même ciment : le fluvial est un mode habituel pour le transport de matériaux de construction sur le bassin de la Seine. Mais des éléments de charpentes en bois sont une cargaison plus rare pour les bateaux fluviaux. C’est pourtant ce qui a pris place à bord de la cale de l’automoteur Brevon le 4 décembre 2019, pour un voyage entre Grand-Couronne, Conflans-Sainte-Honorine et Bruyères-sur-Oise. Il s’agissait d’une expérimentation réalisée dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé par « Professions bois », l’interprofession de la filière bois normande. Une initiative soutenue par VNF, dont le plan d’aide au report modal (Parm) finance le surcoût engendré par l’expérimentation d’une nouvelle chaîne logistique basée sur le fluvial.

Pour Cuiller Frères, spécialiste de la menuiserie, de la charpente et des maisons ossature bois installé à Petit-Couronne, près de Rouen, participer à cet AMI était intéressant à deux titres. D’une part, le fluvial permet d’accéder plus facilement au marché francilien et de se préparer à répondre aux importants chantiers en cours, dont ceux de la construction du village olympique. D’autre part, cela permet de mettre en place une filière bois normande pour la construction, basée sur le hêtre, alors que les approvisionnements de bois de charpente sont souvent importés. « Les avantages du bois par rapport au béton pour la construction, c’est moins de nuisance sonores et moins d’encombrement sur les routes, résume Amélie Cuiller-Denis, PDG de l’entreprise. Ce sont les mêmes arguments que ceux en faveur du fluvial, mode qui est intéressant pour accéder aux chantiers d’Île-de-France, où la réglementation et les encombrements vont rendre difficile les livraisons par camion ».

La mise en place de l’expérimentation a été possible rapidement, car Cuiller Frères ne sous-traite pas ses transports mais les effectue avec ses propres camions et chauffeurs. Chaque jour, quatre à cinq camions quittent ainsi les ateliers de Petit-Couronne, pour des livraisons en Normandie ou en Île-de-France. Le 4 décembre 2019, les camions n’ont pas rejoint directement les chantiers où les charpentes étaient attendues : ils ont pris la direction du terminal Somap de Grand-Couronne, tout proche. Là, les éléments de charpente qu’ils transportaient ont été chargés, grâce au portique à conteneurs, à bord du Brevon, automoteur Marfret de 45 mètres habituellement utilisé pour des transports de déblais ou de mâchefers en Île-de-France.

Un apprentissage à faire

« Nous avons chargé à bord l’équivalent de quatre camions, soit une journée de production, mais le bateau aurait pu en transporter le double, indique Amélie Cuiller Denis. Il aurait fallu pour cela indiquer par avance à Marfret la dimension précise des paniers, ces structures métalliques sur lesquelles nous élinguons nos éléments de charpente pour en lever plusieurs à la fois. Il y a un apprentissage à faire, c’est le but de l’opération. De la même façon, aux ports d’arrivée, Marfret a eu du mal à trouver des camions adaptés à nos transports ».

De Grand-Couronne, le Brevon a rejoint Conflans, où il a déchargé quatre paniers comprenant deux carports et des fermettes de toitures pour des chantiers locaux, puis Bruyères-sur-Oise pour les quatre autres paniers, où avaient pris place les éléments de charpente de six maisons individuelles. Une expérience intéressante, selon Benoît Maurissens, responsable d’armement à Marfret Gennevilliers : « Les fermettes n’étant pas très lourdes et les paniers étant stables, nous n’avons eu aucune difficulté de levage ni d’arrimage. Comme ce transport était pour nous une première, nous avions cependant prévu à Grand-Couronne les services d’une société de saisissage, ainsi que l’utilisation à Conflans comme à Bruyères d’une grue pouvant charger en négatif. L’expérience a été utile, car elle a montré à nos partenaires, au premier rang desquels Professions bois, que le combiné fleuve-route est adapté à ces transports, et que l’on peut utiliser la voie d’eau pour des colis exceptionnels à destination de la région parisienne. Pour que cela devienne financièrement intéressant, il faut cependant massifier ces transports, avec, par exemple, l’utilisation de conteneurs ouverts qui pourraient être chargés en troisième hauteur sur les porte-conteneurs fluviaux ».

Le prochain comité de pilotage de Professions bois se tient début février 2020. L’organisation d’une seconde expérimentation sera au programme, qui devrait justement se faire avec l’utilisation de conteneurs ouverts flat rack, pour davantage de facilité de manutention. Un concurrent de Cuiller Frères est notamment intéressé pour des transports en conteneurs depuis Radicatel jusqu’au terminal de Bonneuil-sur-Marne. « Nous espérons qu’il y aura d’autres candidats pour une deuxième expérimentation, qui se déroulera probablement en mars, explique Amélie Cuiller Denis. Les éléments de charpente devraient, cette fois, prendre  place dans des conteneurs flat rack, plus facilement chargeables sur des camions. La mutualisation avec d’autres entreprises est préférable pour pouvoir remplir une grande barge et réduire les coûts. L’essai effectué a déjà permis de confirmer la faisabilité : le fluvial est adapté pour nos transports de grands volumes, et nous savons pouvoir recourir à ce mode à tout moment. Ici, nous bénéficions de la proximité du port, mais le dernier kilomètre peut en revanche s’avérer compliqué à organiser ».

Une découverte mutuelle

Si VNF soutient l’expérimentation, ce n’est pas pour faire basculer de la route vers la voie d’eau les transports d’une seule entreprise, mais bien pour mettre en place, avec la filière bois normande, une organisation pour le transport de bois de construction depuis la Normandie vers l’Île-de-France. « Ce choix du fluvial vient à point nommé dans la perspective des chantiers des JO 2024 et plus généralement dans l’approvisionnement des chantiers de bâtiment en Île-de-France, réduisant ainsi le nombre de camions en région parisienne », souligne ainsi VNF. La volonté de la Société de livraison des ouvrages olympiques d’utiliser le transport fluvial pour le chantier de construction du village olympique a en effet été l’élément déclencheur pour Professions bois. « Les Jeux olympiques, comme le Grand Paris, attirent vers le fluvial de nouvelles filières, ce dont nous devons profiter, explique Bertrand Neveu, adjoint au chef de service promotion de la voie d’eau de VNF bassin de la Seine, et référent national pour les grands chantiers. Pour le bois, qui est une filière que le secteur fluvial découvre, nous avons besoin d’une phase exploratoire, faite d’expérimentations pour déterminer le type de bateau et le mode de chargement les plus pertinents en fonction de la cargaison et du trajet, car chaque voyage est différent ».

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