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Lors d’une réunion organisée par Promofluvia le 8 novembre 2018, le potentiel de développement des transports fluviaux de matériaux de construction et de déblais de chantier à Lyon a été présenté. Face à la demande des professionnels, la métropole et VNF ont engagé un travail d’identification des quais les plus aptes à être utilisés lors des grands chantiers.

Le port de Villefranche-sur-Saône concentre, à lui seul, près de la moitié du trafic fluvial de matériaux de construction du bassin RhôneSaône, avec environ 1 Mt sur les 2,2 Mt transportées chaque année. La Saône, où se situent les principaux sites d’extraction, représente les deux tiers du trafic, contre un tiers seulement pour le Rhône, comme l’a détaillé Rachid Bioud, de la direction du développement du bassin RhôneSaône de VNF, en ouverture d’une réunion consacrée par Promofluvia au transport fluvial de granulats, qui s’est tenue au port de Lyon le 8 novembre 2018.

« Les granulats et matériaux de construction sont un trafic très important pour le bassin RhôneSaône, mais qui a eu tendance à diminuer, indique Rachid Brioud. Les tonnages ont baissé de 8 % depuis 2010 et, après une pointe à 2,8 Mt en 2011, ils n’ont atteint que 2,2 Mt en 2017 ». La majorité de ces transports de matériaux de construction sont constitués de gravier, à hauteur de 1,2 Mt, et de sable pour 800 000 t. À ces granulats, le plus souvent transportés sur courte ou très courte distance, s’ajoutent des quartz et du ciment, transportés sur plus longue distance depuis Fos, ce qui fait remonter la distance moyenne de transport à 67 km.

Le schéma portuaire lyonnais de 2015 laisse espérer une belle progression des trafics : la métropole lyonnaise consommant chaque année 6 Mt de granulats, VNF prévoit de doubler leur transport par voie d’eau d’ici à 2030. Mais la réalisation de cet objectif, prévient Rachid Brioud, « dépend de la possibilité pour les ports de mettre en place les infrastructures nécessaires au chargement et au déchargement, ainsi que de l’activité des industriels et de leur accès à la voie d’eau ».

Des carrières au bord de la voie d’eau

Sur ce dernier point, l’avis des carriers est unanime : ils ont besoin de conserver des carrières alluvionnaires, à proximité immédiate des voies navigables, exploitables en eau. Et d’en ouvrir de nouvelles, ce qui est, selon eux, toujours plus long et complexe administrativement. « Notre modèle économique est fondé sur le transport fluvial et il est primordial pour nous d’avoir des carrières situées au bord de la voie d’eau. C’est pourquoi nous travaillons avec les élus et les services administratifs pour avoir les infrastructures et les autorisations nécessaires pour continuer à travailler sur la voie d’eau », explique Jérôme Badie, du groupe Plattard, qui exploite à Villefranche une carrière assurant 80 % du trafic du port. De la carrière sortent chaque année 350 000 t de granulats, chargés sur barge pour traverser la Saône jusqu’au site industriel de fabrication du béton, également approvisionné par des achats extérieurs. Pour ses transports, Plattard dispose en propre de deux pousseurs et de 13 barges de 600 t.

Depuis 1992, Plattard a créé avec un de ses concurrents et partenaire, Delmonico-Dorel, une filiale commune pour le transport fluvial. L’objectif de départ était de remonter du granulat du site Delmonico-Dorel de Sablons vers Villefranche, et de redescendre du sable extrait par Plattard afin d’équilibrer les gisements de deux carriers. Depuis lors, leur filiale commune DDM Transport fluvial a étoffé sa flotte d’automoteurs, de pousseurs et de barges et les deux entreprises ont aussi créé DP Granulats, pour exploiter conjointement une plateforme logistique au port de Lyon Édouard-Herriot.

Delmonico-Dorel, pour sa part, a transporté 334 000 t sur la voie d’eau en 2017, auxquels s’ajoutent 150 000 t qui traversent le Rhône sur barge entre ses sites de Livron, carrière alluviale ouverte en 2011, et de Beauchastel. En 2018, le carrier a investi 1 M€ sur le port de Sablons, où son amodiation lui a été renouvelée par la CNR pour une période de 30 ans.

Une plateforme urbaine

« Lyon est un exemple de développement potentiel extraordinaire pour le transport fluvial de granulats, souligne Dominique Dorel, pdg de Delmonico-Dorel. L’approvisionnement du Grand Lyon ne se fera pas par camion, d’où l’importance de notre plateforme du port de Lyon pour la distribution. Ce que l’on a découvert, plus récemment, c’est l’intérêt du transport fluvial pour le chargement des déblais. Ils peuvent, pour certains chantiers, être chargés directement sur barge. Quand ce n’est pas le cas, un brouettage est possible jusqu’au port de Lyon. Mais la logistique des déblais et des matériaux de construction est urbaine, contrairement à celle des céréales par exemple. Ce qui implique une logistique fluviale plus difficile à mettre en œuvre. C’est pourquoi nous devons sensibiliser les élus pour qu’ils incitent les entreprises à étudier les solutions logistiques fluviales ».

Le recyclage des déblais de chantier est une activité en plein essor pour les carriers. Il peut s’agir de remblayer avec des déblais inertes les carrières exploitées, ou bien d’utiliser le béton concassé comme granulat pour la fabrication de béton. Plattard a ainsi investi 7 M€ dans une installation de traitement de matériaux d’origine diverses pour la fabrication de granulats, installation qui entrera en service en 2019. L’entreprise prévoit aussi de développer l’acheminement par bateaux de déblais de chantier depuis l’agglomération lyonnaise, pour remblayer par clapage ou à l’aide d’une pelle embarquée ses carrières.

Delmonico-Dorel et Plattard comptent donc sur leur plateforme du port de Lyon pour développer le transport fluvial de déblais. La métropole de Lyon et VNF travaillent quant à eux pour favoriser l’embarquement fluvial des déblais à proximité des chantiers du Grand Lyon. Dans le secteur de la Confluence, dans le VIe arrondissement, quai d’Arloing ou à proximité du pont Morand, sept sites ont ainsi été identifiés, sur les bords du Rhône et de la Saône. Les quais retenus doivent avoir une bonne accessibilité routière, et se prêter au transport de marchandise de façon mutualisée, puisqu’ils accueilleront toute sorte de logistique fluviale, et en temps partagé, puisqu’ils doivent rester ouverts aux piétons en journée.

« Nous n’avons pas à Lyon la configuration des quais parisiens, dont la largeur est propice à l’installation de centrales à béton », souligne Roland Bernard, élu de Lyon et membre de la commission « Fleuve et aménagement et usages » de la métropole. Regrettant qu’un centre d’approvisionnement consolidant sur le port les flux de matériaux à destination et en provenance des chantiers de la Part-Dieu n’ait pas vu le jour, « les entreprises de la filière n’ayant pas voulu travailler ensemble et se départir de leur logique de flux tendu », Roland Bernard se dit déterminé à réussir dans la mise à disposition de quais pour le transport de marchandises en centre-ville.

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